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JUILLET 2001
Informations Internationales
- Qui possède les entreprises européennes ?
- Croissance et restructurations
- La crise des télécommunications
- L'économie américaine :
ralentissement ou récession ?
- L'euro, le décompte final
- Renault-Nissan :
le rapprochement

Informations Nationales Informations Régionales
 


Qui possède les entreprises européennes ?
Pour éclairer le débat sur la montée en puissance du capitalisme anglo-saxon, "Le Monde" a mené l'enquête. Celle-ci fait apparaître que les non-résidents possèdent une part croissante du capital des grandes sociétés européennes, approchant actuellement 45 %.

SUJETS DE POLÉMIQUES à répétition, les investisseurs "non résidents" restent pourtant les illustres inconnus des marchés. Aucun pays n'impose la transparence totale des transactions. Et la rapidité des mouvements de capitaux se conjugue avec le coût du recensement des actionnaires, lorsqu'il est possible. Les meilleurs connaisseurs de ces actionnaires, les sociétés elles-mêmes, sont tentés de garder jalousement ces informations "stratégiques" ou astreintes à la confidentialité. Le Monde a donc demandé au cabinet américain Georgeson Shareholder de mener une enquête auprès des soixante-quinze sociétés présentes dans les indices CAC 40 et Euro Stoxx 50 ; soixante-cinq sociétés ont fourni leurs données. Elles représentent, au 13 juin, 2 570 milliards d'euros (16 860 milliards de francs) de capitalisation boursière, selon Bloomberg.
L'étude réalisée par Georgeson Shareholder permet d'estimer que 44,97 % du capital de ces 65 mastodontes de l'Euroland sont aujourd'hui entre les mains d'actionnaires non résidents, pour une valeur de 1 154,54 milliards d'euros. La participation des institutionnels anglais et américains s'établit à 22,95 %, représentant 589,17 milliards d'euros.
A Paris, la part des non-résidents dans les sociétés du CAC 40 s'élève même à 45,57 %, si l'on exclut France Télécom et sa filiale Orange (encore majoritairement détenus par l'Etat), et 41,29% si on l'inclut.La participation des fonds anglo-saxons dans le CAC 40 atteint 20,29 %. Compte tenu du nombre de valeurs étudiées (trente-quatre, ce qui inclut des "moyennes capitalisations", moins prisées des étrangers), la France confirme donc son attrait pour les institutionnels étrangers.
"Certaines sociétés appartenant au CAC40 sont paneuropéennes, et elles se sont demandé si parler d'actionnaires "étrangers" avait encore du sens, quand la société n'est plus elle-même française", témoigne Francesco Ruspoli, qui a conduit l'étude pour Georgeson Shareholder.
Mais les investisseurs du Vieux Continent "européanisent" tous leurs portefeuilles, et voisinent avec les Anglo-Saxons dans le capital des entreprises européennes. Les douze sociétés allemandes de notre échantillon sont pour 40,72 % la propriété d'actionnaires non allemands, parmi lesquels moins de la moitié (20,16 %) sont anglo-saxons. Les six sociétés italiennes étudiées sont possédées à 25,66 % par des investisseurs non résidents, parmi lesquels 14,31 % sont anglo-saxons. Les quatre entreprises espagnoles appartiennent à 43,65 % à des investisseurs étrangers (25,29 % d'anglo-saxons). Enfin, les "petits pays" européens confirment leurs besoins de financement internationaux. Nokia compte 90 % d'actionnaires non finlandais. Et les 8 sociétés néerlandaises étudiées appartiennent à 58,97 % à des non-résidents et à 37,58 % à des non-résidents anglais et américains.
Cette étude n'a pas de précédent, à l'exception de celle conduite par L'Expansion, qui, en novembre 2000, a envoyé directement des questionnaires aux grandes sociétés cotées (L'Expansion du 21 décembre 2000). Un peu plus de six mois plus tard, la participation des non-résidents au capital des sociétés du CAC 40 a progressé dans 14 cas, se maintient dans 8 autres et ne régresse que dans 8 cas, souvent faiblement. Dans l'échantillon européen, quatorze sociétés ont vu la part des non-résidents augmenter en six mois et demi, alors qu'elle s'est maintenue dans trois cas, et qu'elle a diminué dans le cas de huit sociétés.
Plus globalement, la Banque de France estime que les investisseurs étrangers détenaient 37,5 % de la Bourse de Paris à la fin 2000. Selon l'Office national des statistiques (ONS) britannique, les non-résidents possédaient 29,3 % de la Bourse de Londres en 1999. Et, d'après la Fed, ils n'ont jamais dépassé 10 % à Wall Street. Dans ce contexte, Jean-Christophe Le Duigou, secrétaire confédéral de la CGT, qui prépare un livre de débats avec Bill Crist, président de Calpers, le fonds de pension des fonctionnaires californiens, reconnaît néanmoins que ce type de fonds "à prestations définies" est "très différent des autres puisqu'une partie du risque est reportée sur les entreprises", et qu'ils "ne sont pas obligés de rechercher le même niveau de rentabilité". Les fonds de pension à cotisations définies, les mutual funds (sicav) et les hedge funds (fonds spéculatifs), ont des comportements beaucoup plus agressifs. Il semble de toute façon que les entreprises françaises assument le virage culturel lié à la modification de leur actionnariat. "Je pense que dans les cinq dernières années, alors que les sociétés françaises déliaient des éléments substantiels de leurs réseaux de participations croisées, elles ont concentré leur attention sur la valeur actionnariale, évoluant vers un système plus anglo-saxon de gouvernement d'entreprise et de communication accrue entre les sociétés et le public", conclut M. Ruspoli.
Le Monde (15.06.2001)


Croissance et restructurations
Rendre 2 milliards de livres aux actionnaires de Marks & Spencer et licencier 1 700 salariés en France. Cette annonce fin mars 2001 a choqué et mis en lumière les paradoxes des restructurations en phase de croissance économique. Pourtant la croissance, qui a ralenti, reste élevée, comme l'investissement et la consommation. Et surtout les entreprises affichent pour l'an 2000 des bénéfices élevés. Mais Danone, Valéo ou plus récemment Philips annoncent des vagues de licenciements. Le poids des actionnaires (la "shareholder-value") est-il seul en cause ? Erreurs stratégiques ou réorientations d'activités ont joué. Plus que les raisons invoquées, ce sont les méthodes brutales de licenciements qui choquent. D'où une levée de boucliers et l'appel au boycott de certains produits. Mais le gouvernement Jospin est pris au piège entre un discours politique de soutien aux salariés et le pragmatisme économique qui interdit en fait un durcissement trop fort de la législation sur les licenciements.
Le Monde (15.06.2001)


La crise des télécommunications
La téléphonie mobile de troisième génération, l'UMTS, sera au carrefour du PC et du téléphone et offrira, sur un même terminal, l'Internet mobile, les hauts débits et la voix. Mais l'explosion du prix des licences UMTS en Europe a transformé cette révolution en un pari à haut risque. Les opérateurs se sont très lourdement endettés. Les constructeurs subissent eux-mêmes durement un ralentissement des ventes de portables qui conduit à la recherche d'alliances comme celle, avortée, d'Alcatel et de Lucent. Jeudi 31 mai, l'ART a octroyé deux licences UMTS aux opérateurs France Télécom/Orange et SFR/Cegetel, contre quatre prévues initialement.
Le Monde (15.06.2001)


L'économie américaine : ralentissement ou récession ?
L'âge d'or américain est-il terminé ? Après 10 ans d'une croissance présentée comme sans fin et soutenue par le développement des nouvelles technologies, le ralentissement est sensible depuis la fin 2000. Les moteurs du miracle américain que sont la consommation des ménages et la bourse ont connu des fluctuations importantes. Le Nasdaq a ainsi perdu plus de 65% en un an, pour ensuite se reprendre. Pour faire face à ce "trou d'air", les politiques budgétaires et monétaires ont été activées, par le biais de baisse des taux d'intérêt (de 6,5 % à 4 % depuis janvier) et d'allègement d'impôts (1350 milliards de dollars sur onze ans). Ces mesures permettront-elles de faire face à un "accident conjoncturel" ? La croissance a été revue à 1,3 % en rythme annuel lors des trois premiers mois de l'année au lieu de 2% initialement annoncés.
Le Monde (15.06.2001)


L'euro, le décompte final
Malgré le ralentissement de l'économie américaine, l'euro connaît d'importantes fluctuations et peine à s'éloigner de son niveau plancher de 0,8225 cents, atteint en octobre 2000. La dégradation de la conjoncture en Europe et l'attitude de la banque centrale européenne, qui hésite entre le soutien à l'activité économique et le respect strict de sa mission, expliquent cette évolution. Ainsi la BCE n'a baissé que modestement ses taux jeudi 10 mai, malgré la confirmation du ralentissement économique dans la zone euro. Même constat pour l'opinion publique, réservée et prudente face à une monnaie encore virtuelle, ce qui pourrait perturber les élections en 2002. Chacun semble donc avancer à reculons vers une monnaie pour laquelle une véritable mobilisation tarde à se produire, malgré d'importants moyens de communication mis en oeuvre.
Le Monde (15.06.2001)


Renault-Nissan : le rapprochement
Carlos Ghosn, directeur général de Nissan, a gagné son pari au-delà des espérances : redresser le constructeur japonais dont Renault est depuis 1999 le principal actionnaire (37,8 %). Nissan a réalisé en 2000 un bénéfice record de près de 3 milliards d'euros. Renault en bénéficie largement puisque la contribution de Nissan à son bénéfice net atteint déjà 1,79 milliard de francs au premier semestre 2001. Il reste cependant du chemin à parcourir pour atteindre la rentabilité de ses concurrents, en particulier Toyota. D'importants efforts ont déjà été faits pour réduire les coûts, la priorité est maintenant à la croissance selon M. Ghosn. Mais ce rétablissement spectaculaire pourrait à terme modifier l'équilibre de l'alliance avec le groupe français qui connaît un début d'année difficile.
Le Monde (15.06.2001)




 
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